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Intermodalité : parcourir le Canada sur la route, le chemin de fer ou encore dans les airs

12 avril 2012 par Steve Del Bosco

Les personnes qui ont déjà voyagé en Europe savent que là-bas, il n’est pas inhabituel de descendre d’un avion et de sauter à bord d’un train régional ou intervilles à l’intérieur du même complexe aéroportuaire. C’est ce que les acteurs de l’industrie des transports appellent l’intermodalité. En fait, l’expérience européenne a évolué et comprend aujourd’hui beaucoup plus que la simple intégration de différents moyens de transport à l’intérieur d’un même édifice. En combinant la puissance de l’Internet, qui offre des outils comme les métamoteurs de recherche permettant la planification d’itinéraires de voyage, aux systèmes de réservation sophistiqués des sociétés de transport, les clients peuvent facilement prévoir, visualiser, réserver et payer leur voyage en avion et en train en une seule transaction, sur un même site Web.

On retrouve ce lien uniforme entre des modes de transports très différents, mais tout à fait complémentaires dans un nombre croissant de pays du monde. La DB et la SNCF, les chemins de fer nationaux allemands et français, respectivement, ont conçu et implanté des solutions d’intégration uniforme avec certains transporteurs aériens il y a déjà des dizaines d’années. Ils étendent maintenant cette intégration aux taxis, aux autobus urbains, aux autocars intervilles et aux vélos.

Et où en sommes-nous au Canada? Malheureusement, il n’existe que peu d’intégrations multimodales complètes, s’il en est. En fait, il n’existe aucun partenariat air-rail ressemblant à ceux que j’ai précédemment décrits. J’ai entendu plusieurs supposés « experts du domaine des transports » dire que la population au pays est trop disséminée pour qu’une telle collaboration puisse être couronnée de succès, ou qu’une culture de « voiture et avion » prédomine au Canada, et que l’intermodalité ne fait pas partie du mode de vie canadien lorsqu’il s’agit de se déplacer du point A au point B. La meilleure excuse que j’ai entendue est qu’il y a trop de barrières technologiques dans les domaines de la réservation, de l’administration et de l’émission des billets.

Je pense qu’il y a plutôt un manque de confiance entre les sociétés de transports du Canada. Nous ne voulons pas partager nos clients, car nous avons peur de réduire notre clientèle respective de manière permanente. Ou nous préférons garder nos clients à l’intérieur d’alliances composées de modes de transport semblables au lieu de reconnaître que les combinaisons de modes de transport différents ont un rôle à jouer lorsqu’il s’agit d’offrir aux Canadiens de meilleures options de mobilité.

VIA a remarqué que les Canadiens font fi de l’opinion des experts, des sociétés de transports surprotectrices et des lacunes des systèmes de réservation. Nous avons commencé à poser des questions à nos clients relativement à l’itinéraire complet de leur voyage, c’est-à-dire l’avant et l’après de la partie ferroviaire de leur voyage. Nous leur avons demandé vers quel aéroport ils se dirigeaient, et quels transporteurs aériens ils utilisaient. Nous avons découvert que des milliers de nos clients montent à bord de nos trains pour se rendre aux aéroports du corridor Québec – Windsor, et que certains voyagent même de la gare Union de Toronto jusqu’à la gare de Dorval, laquelle se trouve tout près de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, pour prendre des vols outre-mer.

Peu importe les raisons qui les ont poussés à prévoir eux-mêmes un voyage intermodal, le comportement de ces personnes envoie un message très clair à toutes les sociétés de transport de voyageurs et à tous les exploitants d’infrastructure du pays : nous devons mettre de côté notre attitude paroissiale et cesser de protéger nos fiefs. Il faut plutôt travailler ensemble pour offrir à nos clients une meilleure expérience de voyage, de leur point de départ à leur destination, car que nous le voulions ou non, les Canadiens créent leurs propres expériences intermodales.

VIA Rail a déjà mis sur pied des fonctions d’achat en ligne en une étape permettant à nos clients d’acheter des voyages en autocar entre nos gares et les aéroports de Montréal et de Toronto, de même que d’assurer leurs correspondances entre nos trains et les trains régionaux de GO Transit, en Ontario. Nous avons déjà conclu une entente avec un transporteur aérien étranger, et nous sommes en train de finaliser des ententes avec un autre joueur des ligues majeures de l’industrie du transport aérien et un autre transporteur régional.

Ainsi, la prochaine fois que vous réserverez un billet de train vers Toronto ou Montréal, ne soyez pas surpris si un menu déroulant vous offre la gare Union, l’aéroport Pearson ou l’aéroport de Toronto Island comme choix de destination. Notre vision consiste à accroître la mobilité des Canadiens et des visiteurs étrangers. L’élimination des obstacles à la mobilité ne peut que faire grandir l’ensemble du marché des voyages et être bénéfique à l’ensemble des sociétés de transport.

À propos de Steve Del Bosco

Steve Del Bosco
Steve Del Bosco s’est joint à VIA Rail Canada en 1978. Aujourd’hui, en tant que chef, Marketing et ventes, Steve s’occupe de tous les volets relatifs au marketing et aux ventes en plus d’être responsable des relations avec la clientèle, de la gestion de la capacité et tarification ainsi que du développement des affaires et de la planification des réseaux.
  1. Pierre Kavanagh permalien

    Pour avoir habité plus de 14 ans en Allemagne, je peux vous dire qu’il est évident que nous avons un long chemin a parcourir pour rejoindre les Européens. Qu’on parlent juste du regroupement des differents services qui representerait une tache colossale. De plus, en Europe, le tout a évolué de concert et la densité de population permet une rentabilisation rapide de gros investissement. J’ai toujours été un inconditionnel du train, mais disons qu’ici, quand je vois un convoi de fret avoir priorité sur les trains voyageurs, je ne peux m’empecher de me dire qu’on a un long chemin a parcourir. En passant, je trouve ce site très interressant et instructif.

    Merci

  2. Arnaud Delmas permalien

    L’intermodalité est effectivement la force de nombreux pays d’Europe, et la faiblesse du Canada c’est évident. Un train à grande vitesse dans le corridor Québec-Windsor a toujours été une “arlésienne électorale”, et c’est dommageable pour le citoyen mais aussi pour l’économie. La province du Québec aurait une carte importante à jouer si nous pouvions effectivement avoir des trains électriques, prioritaires, sur le fret. Si Hydro-Québec pouvait apporter son expertise, si les sociétés de transport en commun étaient solidaires, si ……. Bref, avec des si……. “on met Ottawa en Bouteille”. :)
    Alors bon courage dans vos démarches afin de faciliter la vie des voyageurs et merci pour cette vulgarisation de l’information.

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